L’Ucg compte 950 journaliers depuis 4 ans qui ne sont pas régularisés

Sénégal propre. Voilà le challenge que le gouvernement s’est lancé. Un pari fou mais pas impossible selon Madani Sy, secrétaire général du syndicat national des travailleurs du nettoiement. Il estime que cela passe par l’amélioration des conditions sociales des travailleurs de ce secteur. Entretien

l’Etat compte sur les citoyens pour nettoyer les rues. Peut-on dire que c’est le soulagement des travailleurs du nettoiement ?

Pour nous techniciens de surface, effectivement c’est un soulagement. Mais ce soulagement doit se pérenniser dans le temps. Car, nous sommes souvent confrontés à des difficultés dans l’exercice de nos fonctions, ils sont pour la plupart comportemental. Et si le président de la République va jusqu’à décréter un Sénégal zéro déchets, c’est que le constat est amère. Car, il affirmait que le système n’est ni opérationnel, ni efficace et efficient et qu’il  faudrait changer de paradigme. Et ce changement consiste à créer un cadre de concertation entre l’État du Sénégal, les collectivités locales, les populations car ce sont elles qui  produisent les déchets. Une chose encore plus importante, on doit avoir une perspective bien définie. Il faut quand même saluer l’engouement de la population lors de cette première journée de nettoyage, tout en espérant que cela dure, car, on reste assez sceptique. Puisque lors du lancement de cette journée par le président de la République à Mermoz. On a vu qu’il y avait beaucoup plus de monde là-bas, rivalisant d’ardeur afin de montrer à président qu’ils étaient là. Mais la présence politique a du bon, car cela a permis de mobiliser du matériel de nettoiement. Mais on ne peut mener à bien ce combat sans l’engagement de la population.

Le ministre de l’urbanisme a-t-il adopté la bonne méthode pour un Sénégal propre ?

Depuis sa nomination, Abdou Karim Fofana a eu une très bonne approche vis-à-vis de nous, il est sur le terrain et au contact de la population. Il mène son « Fast-track », puisqu’il a reçu les directives de  désengorger  les rues de Dakar. Et sur ce point, il ne lésine pas sur les moyens et est tout le temps à nos côtés. Mais sa méthode ne doit pas s’arrêter en si bon chemin et elle doit toujours avoir une approche inclusive, participative et globale.

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Sénégal, zéro déchet est ce que c’est possible ?

Oui, c’est possible. À condition qu’il y ait un changement de comportement responsable à tous les niveaux. Comme j’ai pour habitude de le dire, si on amenait la société la plus performante au monde et que les comportements ne changeaient pas, peu importe l’effort consenti, il sera vain. Il faut surtout que les sanctions prévues par les lois récemment votées (code de l’environnement, le code l’hygiène…) soient appliquées. Car, tant qu’il n’y aura pas de répression, il n’y aura pas de changement. On a l’impression que certains font du « Matay », en se disant que ces actes ne sont que des coups d’épées dans l’eau et qu’il n’a aucun problème à les enfreindre. Et sans le changement de comportement, il n’y aura pas de Sénégal zéro déchets.

Comment se porte le secteur du nettoiement qui, d’habitude montait souvent au front, qu’est-ce qui explique cet apaisement? Les doléances ont été toutes satisfaites ?

Actuellement, il y a une accalmie dans le secteur et ce depuis l’arrivée de l’UCG (l’Unité de gestion des déchets). Auparavant, les décisions nous concernant étaient prises sans nous et comme le dit l’adage : « Tout ce qui est fait pour moi, sans moi, est fait contre moi ». Certes ils ont résolu bon nombre de problèmes comme celui des salaires, les cotisations à l’IPRES et la caisse de sécurité sociale mais cela ne veut pas dire que tous les problèmes ont été résolus. Par exemple, la convention collective des travailleurs du nettoiement, signée en 2014 et qui n’est pas pour le moment appliquée. Cela est dû  à un problème de statut juridique auquel est confronté l’UCG. Le président de la République affirmait récemment qu’il faut restituer l’UCG mais jusqu’à lors on ne sait pas si elle deviendra une agence ou une société. Le coordonnateur de son côté a dit qu’il ne peut pas embaucher pour le moment et c’est déplorable. L’UCG compte 950 journaliers depuis 4 ans qui ne sont malheureusement pas régularisés et ils vivent dans la précarité la plus totale. J’interpelle le Président de la République et le Ministre de tutelle à se pencher sur ces personnes. L’une des revendications qui nous tient à cœur et pas des moindres est l’augmentation des salaires. Rendez-vous compte qu’en 2019, le budget du nettoiement était évalué à 17 milliards et celui de 2020 a considérablement baissé à raison de 12 milliards. Et s’ils n’ont pas pu régler nos problèmes avec 17 milliards que pourront-ils faire avec le budget actuel. Bon, ils nous ont assuré que si les finances s’épuisent, ils voteront lois rectificatives des finances pour résoudre le déficit budgétaire. Mais à mon avis c’est un manque de sérieux, car on occupe un secteur important et le Sénégal ne pourra jamais émerger dans la saleté. Si on passe une journée sans collecter les déchets, Dakar deviendra un dépotoir, vu que les déchets collectés s’estiment à plus 2400 tonnes par jour.

Al Capone

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