Faux. Le BRT ne fonctionne pas au Ghana

Des internautes ont partagé notamment sur les réseaux sociaux un photomontage qui met cote-à-côte des bus provenant du Ghana et la maquette du projet de Brt au Sénégal.

Sur la légende, on peut lire : BRT Dakar coût global 300 milliards de FCA, 144 bus articulés, 300 000 voyageurs par jour sur 18,3km

BRT Accra inauguré en 2016 avec ses 2 245 bus. Coût : 87 milliars 20 km.

Une publication qui est devenue virale, largement partagée. Au point que quelques médias dont Seneweb en ont fait un article pour expliquer que « le BRT Accra inauguré en novembre 2016 a officiellement démarré ses rotations. Ce projet ghanéen est estimé à 60,3 milliards. Mieux encore, il est doté de 120 000 passagers par heure » L’article en question intitulé Bus Rapid transit : coût et capacités, les chiffres du scandale ? estime que « le BRT Accra est de loin plus avantageux que celui de Dakar »

D’où vient l’info ?

Sur notre fil d’actualité Facebook, Malick Khrouchtchev l’a posté en premier.

Nous l’avons contacté via la messagerie de Facebook pour demander d’où venait cette info. Il nous a envoyé un lien qui résume un rapport de la banque mondiale parlant de ce projet ghanéen. Un rapport que nous avons consulté en intégralité.

« Le Ghana n’a pas de BRT » selon la banque mondiale

Pour mieux comprendre ce comparatif, nous avons, à notre, tour contacté la cellule de communication de la Banque mondiale à Dakar pour en savoir plus sur ce projet qui a été piloté par cette institution en amont. Elle nous a clairement indiqué que « le projet a été approuvé le 21 Juin 2007 mais il a été clôturé le 25 décembre 2015. Sa construction a été annulée. L’argent a été affecté à d’autres aspects du transport routier. En 2016, seuls 10 bus étaient arrivés dans le pays. La ligne BRT devait être de 9,1km  ». Des propos qui ont été confirmés dans le rapport de la banque mondiale sur ce projet publié le 26 Janvier 2017 où l’institution se désole que « les composantes de coût de certaines activités ayant été sous estimées, certaines activités et projets clés ont dû être abandonnés faute de moyens ». Par ailleurs, parmi les dysfonctionnements qui ont favorisé l’abandon de ce projet, on peut lire dans le rapport « l’impossibilité de mettre en œuvre toutes les composantes prévues du projet indique que les coûts du projet n’étaient pas proportionnels au seuil des travaux définis. Par exemple, l’achèvement partiel de l’infrastructure BRT et la mise en œuvre d’une seule des quatre routes du BRT. Ces projets doivent être bien chiffrés et mis en œuvre de manière séquentielle avec des seuils respectant les niveaux de financement disponibles afin d’éviter toute déception aux bénéficiaires du projet »

C’est la raison pour laquelle en 2018, le projet a été réorienté selon le ministre Ghanéen des transports Kwaku Ofori Asiamah vers le QBS (Quality Bus System). Le système BRT a été lancé en 2016 au Ghana mais il est par la suite renommé QBS car il ne répondait pas aux normes internationales en matière de voies spécialement conçues. La direction a connu des difficultés financières. Dans un article publié par le site ghanéen Ghanaweb.com le 5 Aout 2018 intitulé Government to revamp BRT system (le gouvernement réorganise le système BRT), l’on explique que pour des difficultés financières, le gouvernement a dû renoncer à son programme ambitieux pour le transport routier.  Kwaku Ofori Asiamah affirmait que « malheureusement, le BRT doit faire face à de nombreux défis, même le nombre limité de nos voies réservées aux bus sur la route Amasaman qu’ils ne sont pas autorisés à utiliser. Ils effectuent maintenant ce que nous appelons un trafic mixte et il ne devient pas efficace d’utiliser le BRT car l’objectif a été raté ». Le Ghana ne compte toutefois pas baisser les bras dans le cadre des efforts visant à stimuler le secteur des transports. C’est pourquoi le ministre s’interroge : « Les voies du BRT ne fonctionnent pas. Pouvons-nous adopter ce qui est en Israel appelé la circulation souterraine ? Est-ce que nous pouvons apporter un règlement pour faire le contre-courant ? Ce sont certaines questions que nous allons discuter »

Conclusion : l’information qui compare le BRT du Sénégal estimé à 300 milliards et le projet avorté du Ghana est fausse. Au Ghana, le projet a été abandonné faute de moyen pour adopter le QBS et au Sénégal, les travaux du BRT viennent d’être lancés

 

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Al Capone

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