La presse: une place pour la « racaille »

Depuis l’avènement de l’internet et l’émergence  des sites, des réseaux sociaux et autres plateformes, le journalisme est plus exposé devenant ainsi un métier à ciel ouvert. Qui veut est journaliste. Senenquete a fait immersion dans ce monde des journalistes pour vous expliquer la gravité d’un phénomène appelé la racaille.  Ils ont des sites bizarres avec tous les noms possibles.

Au Sénégal, le journalisme est le métier le plus convoité. Ou presque. Comme l’avait dit l’ancien vice-président du Conseil constitutionnel, Babacar Kanté, le phénomène des réseaux sociaux et de certains sites ont installé une pagaille dans ce métier. Tout le monde est journaliste au Sénégal. « Dans la diffusion de la rumeur, nous n’avons pas de problème avec les journalistes, mais plutôt avec les « nouveaux diffuseurs », avait dit le professeur Babacar Kanté. Au-delà de ces gens qui concurrencent les vrais journalistes sur le traitement et la diffusion de l’information « juste et vraie », il y a un groupuscule de personnes appelé « racaille » ou « point com » qui ont aussi investi le terrain en bousculant les journalistes, pas pour l’information en premier lieu mais plutôt pour   les  sous donnés lors des rencontres, colloques ou autres manifestations. Ils consultent le fil du site de l’Agence de presse sénégalaise (Aps) dans lequel on met presque toutes les rencontres qui doivent se tenir le lendemain ou dans la semaine. Ce fil leur sert de boussole. C’est ce qui explique que, même non invités dans certaines manifestations, ils y viennent en masse pour après la rencontre exiger le transport (per diem). Une vraie galère ou un vrai supplice qu’ils font subir aux organisateurs. Ils arrivent même que des chargés de communication ou des attachés de presse fuient pour échapper à une bastonnade  en règle   de cette   masse  de  racailles. Ils sont prêts à tout. Parfois il arrive qu’ils rencontrent des organisateurs « têtus » qui refusent foncièrement de donner les per diem. Sur ce point, ils partent voir le   directeur, le ministre ou la personnalité organisant la cérémonie pour réclamer de l’argent. Ils sont nombreux.

Quelques reporters et chargés de communication racontent ces moments difficiles sur le terrain avec ces derniers.

« J’ai failli être agressé par la racaille qui exigeait qu’on leur remette des sous. Lorsqu’ils ont dit que c’est l’apix qui les a invités je leur ai dit que c’est faux puisque c’est moi qui ai envoyé le mail d’invitation et vous n’en faites pas partie. Vous ne pouvez me sortir un mail d’invitation de la part de l’Apix. Je leur ai carrément dit qu’avec moi votre manège ne passera pas. J’ai appelé les vigiles de Novotel pour les chasser», lance le chargé de communication de l’Apix Johnson Mbengue. Un  confrère du journal Sud Quotidien raconte une petite anecdote vécue avec l’un d’entre eux. « A la Chambre de commerce de Dakar, un de ces « point com » me trouve assis. Il demande la liste de présence qui était sur la table. Il la prend et s’inscrit en mentionnant le nom de 5 autres de ses camarades. Le chargé de communication qui vient reprendre la liste trouve qu’il y a plus d’inscrits que de journalistes présents. Il me demande celui  qui  a inscrit tout ce monde. J’indexe directement  le concerné.  Je lui demande   pour   quelle  raison   il  a   inscrit  tous ces gens. Il ne savait quoi dire,  il  baisse la tête avant de se déplacer pour  se   mettre   loin  de   moi. Depuis lors, on se rencontre lors des manifestations et il ne me salue pas. », explique-t-il. Un chargé de communication qui a requis l’anonymat soutient qu’il s’est une fois battu avec cette   racaille. « Je devais organiser une manifestation de l’organisme dans lequel je travaille. J’ai fait une liste d’organes de presse et j’ai contacté les rédacteurs en chef et dir pubs pour m’envoyer des reporters. La plupart des organes m’ont répondu positivement. La rencontre s’est tenue à partir de 9h. J’avais déjà noté tous les organes invités et on a décaissé pour le remboursement de leur transport. A 11 heures, à l’heure de la pause, ils  ont d’abord presque bouffé tout le petit déjeuner mis en place alors que même les experts et autres invités de la rencontre n’avaient pas pu trouver grand-chose à manger. J’étais hors de moi. A la fin de la manifestation, ils m’exigent avec un ton arrogant le remboursement du transport. Ce qui je refuse niet. Subitement quelqu’un d’entre eux commence à me traiter de nullard, de truand, de méchant et autre. Il me souligne qu’il est titulaire de plusieurs Master en poche. Ma réponse fut telle que je m’en f… Il a fallu qu’on s’empoigne pour que des gens nous séparent. Ils sont restés là-bas en me menaçant de dire au directeur de l’organisme que je mange l’argent des journalistes. Je ne leur ai même pas donné du crédit avant de partir. Vraiment, il faudra assainir ce métier », se désole ce chargé de communication. La chargée de communication de l’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Gambie (Omvg) Mme Dior Mbacké estime avoir été dans le même cas. « Un jour j’ai commis l’erreur de mettre un de nos communiqués de presse sur le fil de l’Aps. Je me suis retrouvée avec plus de 50 journalistes à la rencontre. En ce moment, je gérais la communication du Centre de recherche pour le développement international qui ne donne pas de remboursement de transport. Ils sont venus me réclamer leurs per diem. Je leur ai dit que s’ils ont l’habitude de couvrir les manifestations du Crdi, ils sauront qu’il n’y a pas de remboursement de transport. Malgré toutes mes explications, ils insistent et persistent pour leur remboursement. Ils ont finalement libéré la salle après le déjeuner alors qu’ils n’ont pas été prévus. Je pense qu’il y a lieu de revoir tout ça», conseille Mme Mbacké.

La ligne de défense

Supposé être parmi cette « racaille », S.D directeur de publication de l’Hebdomadaire « Opinion » se confie en expliquant à sa façon comment ils sont vus par les autres journalistes. « Mon journal existe depuis 2007. Je suis à mon 400 et quelques numéros, donc je ne suis pas un nouveau venu dans le métier. Je suis parmi les plus anciens de ce secteur. Je suis membre de la Fédération des acteurs de l’information et de la Communication. Il y a plus de 5000 membres dans cette association. Il y a toutes les tendances de la presse, presse en ligne, presse écrite audiovisuelle et les techniciens. Ce problème est lié au secteur car n’importe qui peut devenir journaliste. Le journalisme est un métier où   l’on  peut entrer facilement mais difficilement à pratiquer quand on n’est pas un intellectuel. Moi qui te parle, je suis titulaire d’un DEA de Mathématiques. Je ne suis pas n’importe qui. J’ai encadré presque beaucoup de directeurs de publications et de reporters dans ce pays. On nous stigmatise alors que nous sommes de vrais journalistes. », dit-il avec véhémence pour expliquer son ancrage dans ce métier. Ainsi, il accuse le Synpics d’être une bande de copains qui ne joue pas son rôle normalement. « Dans le Synpics, il y a des gens qui ne sont pas de la presse (insinuant être de la racaille). Il faudra parler d’abord de ces gens. J’ai même fait un papier sur eux il y a pas longtemps. Le terme « racaille » n’a pas son lieu d’être. Quelqu’un qui porte son sac et fait son travail (sic !), et on veut le traiter de racaille, vraiment ce sont des termes chargés. Les gens que tu vois là (m’explique-t-il en les indexant de la main), viennent tous d’organes de presse comme Ndefleng Fm, Walf, Lamp Fall, etc… Des gens pareils on ne peut pas les traiter de racaille. Il faut que les gens arrêtent. Personne ne peut m’écarter de ce métier parce que j’ai formé les meilleurs reporters de ce pays. », soutient le directeur de publication de l’Hebdo « Opinion »… Pour un autre journaliste qui a aussi requis l’anonymat, il révèle que même dans le groupe créé par les vrais journalistes dit « Assainir la presse » ,  il existe bel et bien certains d’entre eux qui sont pires que la racaille. « Parce qu’ils passent leur temps à chercher des per diem. Car, ils ne rentrent jamais à la fin de la cérémonie sans attendre le remboursement de transport. Ils sont tous pareils. Donc, il faudra d’abord régler ce cas. Pis, les patrons de presse sont la racaille de luxe. Ils encaissent de l’argent des patrons de société et des membres du gouvernement et même du président de la République et ne paient pas normalement leurs employés. Et après ils parlent d’éthique et de déontologie. On sait ce qui se passe dans ce métier. On a vu des patrons de presse qui mènent une vie de pacha alors que leurs employés vivent dans la galère. Dites aux confrères de se battre d’abord pour leur condition de travail et rémunération avant de s’occuper de cette racaille. Parce que la vraie racaille se trouve en leur sein. », s’éructe-t-il de rage. 

 

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Mina Mounah

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