Si je n’ai pas dit non, est-ce que c’est un viol ?

Gorgée de toutes ses richesses, notre belle nation retrouve chaque soir la toile cirée qui fait tout le décor de son extrême beauté. Hélas, cette beauté lumineuse qui scintille de mille feux chaque soir est aujourd’hui menacée par un mystérieux champ chromatique regroupant les teintes les plus obscures. Et, nous les fils et filles de cette belle nation « arc en ciel », nous avons décidé de céder, honteusement, à cette détestable tentation, délicieusement dégoûtante ! Oui, que les choses soient très claires, nous avons chacun d’entre nous une grosse part de responsabilité dans ce que je considère comme un viol collectif de notre Constitution.


En adoptant une attitude lâche, comme celle-ci, en lieu et place d’un débat souple, entre nous, qui grâce à son élasticité jouerait un rôle actif et complémentaire dans le maintien de la cohésion sociale, nous avons paresseusement choisi la position la plus confortable, pour nous, et pour celui qui se joue de notre corps. Un confort astringent, primitif et grossier qui laisse suinter, de toutes parts, sa naïveté, ses amalgames et ses plaisirs faciles. Une bête immonde qui s’empare de notre paix sociale pour la dévorer toute crue, plus tard. J’ai été terriblement meurtri en lisant certains « avis » de certains compatriotes sur la question, des musulmans d’un côté et des chrétiens de l’autre.

Une obstruction grave à la circulation correcte de la tolérance religieuse sénégalaise, si légendaire, qui empêche celle-ci de parvenir aux endroits les plus éloignés et les plus infimes de notre peuple, du cuir chevelu aux orteils. Heureusement que le feu n’a pas encore pris. Même si la situation s’empire aux abords de la borne fontaine, il existe en effet une alternative très intéressante, et à faible coût, à ce suicide collectif qui se profile à l’horizon. Contrairement à l’unilatéralisme universitaire qui repose sur la réciprocité en matière de liberté religieuse-« Touba interdit la cigarette donc les chrétiens ont aussi le droit de bénir le port du voile dans leurs écoles » ; comme si l’institution Sainte Jeanne d’Arc appartenait à l’Eglise catholique sénégalaise ou que les interdits de la ville de Bamba ne s’appliquaient qu’aux catholiques du Sénégal-Pourquoi ne pas ouvrir grandement les jeux pour tenter de résoudre le problème autrement ?

Antérieur de plus d’un millénaire au prophète Mohammed (PSL), le port du voile est une pratique qui se retrouve dans presque toutes les cultures et dans toutes les religions. Elle est admise à la fois par les musulmans et par les catholiques. Pourquoi donc l’interdire dans une école catholique ? Et c’est là que je regrette, en particulier, le silence assourdissant des autorités religieuses catholiques sénégalaises. Je m’étonne de cette absence de prise de parole d’autant plus que cette école qui prend des décisions au nom des catholiques du Sénégal enseigne autre chose que la religion à savoir, les mathématiques, la chimie, la grammaire, l’histoire et les langues étrangères, pour ne citer que cela.


Quand bien même la Jeanne d’arc de Dakar devait être une sorte de daara moderne pour « les enfants talibés catholiques », rien ne devrait empêcher aux musulmanes voilées qui croient en Dieu et qui lisent la Bible de fréquenter cet établissement qui fournit un service public. A mon humble avis, qui ne compte pas peut-être, l’interdiction du voile dans les murs de l’institution Sainte Jeanne d’Arc, ne devrait être ni une victoire pour l’Eglise ni une défaite chez les musulmans. Ce n’est rien d’autre qu’une énième insulte à notre égard de la part d’une puissance étrangère, la France, qui cherche à comploter contre notre capacité à vivre ensemble, chrétiens et musulmans, dans une même nation.

 

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Boy Casa

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