Qui en veut à Adama Gaye ?


Ces sombres instants, où une république bien organisée peut basculer dans l’autoritarisme, sonne la promesse d’une dictature sans masque et dont la mélodie parvient jusqu’aux oreilles des plus sourds.

Les multiples arrestations imputées à la Division des investigations criminelles(Dic) nous rappellent une époque bien révolue, fondée sur la chasse et la cueillette et qui se confond avec les débuts de l’humanité. La Dic a cueilli un tel ce matin, la Dic va cueillir un tel cet après-midi …Cette cueillette abusive est une vraie menace pour la survie de nos journalistes, activistes et « opposants politiques », des « espèces » rares en voie de disparition. Il faudrait donc arrêter la montée de cette glu froide et opaque avant que la nature ne lui prodigue des fleurs, car ces pratiques policières sont d’un autre âge. Il existe d’autres proies plus comestibles, pour la Dic, de subvenir à ses besoins en nourriture. Mais on a comme l’impression que ceux qui sont censés « évoluer » ne veulent plus regarder en face le sourire et les dents éclatantes de cette vérité qui doit pourrir. Dés lors, à l’image de ces hommes que la lucidité ramène à la raison, c’est Macky Sall lui-meme qui doit écouter attentivement son peuple pour sentir le parfum de son cri. Pour marcher à la rencontre de l’amour et des désirs des Sénégalais, il ne devrait pas y avoir de faiblesse, pour le président de la République, à se décharger du poids de sa propre vie d’homme puissant, c’est-à dire, au sens le plus précis, se ramener à lui hors de son somptueux palais.
La démocratie sénégalaise a trop de jeunesse en elle pour être emprisonnée dans la certitude consciente d’une mort sans espoir. Ce qui m’étonne toujours alors que nous sommes si prompts à raffiner sur d’autres sujets, tels que le sport et la musique, nous ne cessons de gravir les pentes de cette aventure horrible. Et ceci dépeint bien le peuple enfant de ce pays adepte des plaisirs faciles, et où, la notion de révolte est devenue une aimable plaisanterie. Désormais, au Sénégal, la perte d’une CAN ou un combat de lutte suffit pour animer toute une cour de récréation de plusieurs jours. Et, avec la complicité d’une certaine presse qu’on reproche une certaine mentalité, tout ce qui touche à la lutte pour les libertés individuelles devient de plus en plus ridicule. Pire encore, nous sommes beaucoup à observer, sans agir, ce nouveau code de la rue.Comment peut-on rester muet alors que certains confrères osent affirmer « qu’il a été reproché à Adama Gaye la diffusion via son compte Facebook de propos jugés contraires aux bonnes mœurs » sans prendre en compte les récentes révélations du consultant international, lesquelles sont relatives à des pratiques de corruption incriminant le président et son frère ? En isolant « ces crimes » de ce dossier, de bonne foi ou de mauvaise foi, on réduit les motifs de l’arrestation du journaliste à des insultes publiques. Une manière très subtile donc de jeter l’activiste à la vindicte populaire, sachant que les gros mots sont exclus du système de valeurs des Sénégalais.

 

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Boy Casa

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