BBC VS IGE : de quel côté se trouve la vérité?

Lentement mais sûrement, nous déplaçons dangereusement le débat du « scandale à 10 milliards de dollars » hors de son terrain naturel vers la « fuite » du rapport N°94 /2012 de l’Inspection générale d’Etat(IGE). Or, ce n’est pas ce qui devrait intéresser ,en réalité, les hommes et femmes intelligents que nous sommes. Allons chercher la vérité ailleurs.

Nous connaissons actuellement une période d’immense basculement. À défaut de prendre la mesure de la chose, hâtons nous avec lenteur pour ne pas commettre l’irréparable erreur de tomber dans le jeu de ceux qui nous poussent dans la mauvaise direction. En réalité, ce qui devrait nous intéresser, vraiment, c’est l’ouverture d’une enquête indépendante pour faire la lumière sur les révélations fracassantes de la télévision anglaise accusant de corruption, preuves à l’appui, le frère du président de la République, Aliou Sall and co. Un vœu pieux, me dira-t-on, vu la forme particulière que prend cette actualité brûlante qui éclabousse le régime en place. Le ministre de la Justice a, en effet, annoncé, lundi 10 juin, via un communiqué de presse, « l’ouverture d’une enquête complète sur l’ensemble des faits allégués » dans le reportage de la BBC. Sauf que l’action du garde des Sceaux porte plutôt sur la « fuite » du rapport N°94/2012 de l’Inspection générale d’Etat(IGE) et la traque aux « taupes » au sein de la haute administration, lesquelles seraient à l’origine de cette publication « frauduleuse ». Ce n’est pas tout.

Dans la même foulée de cette grande confusion totale, le ministre Malick Sall qui a saisi le procureur général, dans la même lignée que son patron, le président de la République, Macky Sall, s’est déjà prononcé, mardi 4 juin, sur le dossier en question, en affichant clairement une position très complaisante . Selon lui, « La BBC est un organe de presse comme les autres elle peut être manipulée ». Finalement, nous sommes en train de se servir, à volonté, d’une bonne soupe de divertissement puisque le palais nie toujours l’existence du rapport N°94/2012 qui fait curieusement l’objet d’une enquête, alors qu’il est de notoriété que l’Institution supérieure de contrôle de l’ordre administratif est soumise aux directives du chef de l’Etat. Elle ne peut pas enquêter sur un quelconque objet sans que le président de la République, mandataire exclusif de ladite institution, ne soit tenu au courant. Mieux, l’IGE, dans l’accomplissement de sa mission de veille et d’alerte, a l’obligation de publier, chaque année, un rapport sur l’état de la gouvernance et de la reddition des Comptes. Quand bien même la présentation annuelle d’un rapport public soit inscrite seulement en 2013 dans la tradition et l’agenda institutionnels de l’IGE, le problème se pose toujours. Où sont les rapports des trois dernières années de ce véritable baromètre de la gouvernance au Sénégal ? Une seule certitude, les risques d’un scandale qui viendra encore aggraver les balbutiements de notre économie, déjà très affaiblie, sont grands. Figurez-vous que depuis prés de quatre (4) ans, l’IGE n’a fait aucune recommandation publique sur la bonne gouvernance, le management public et la reddition des comptes. On parlera de Sénégal émergent une autre fois ! Revenons sur le procès d’Aliou Sall and co, très attendu par le peuple qui ne réclame que la lumière sur le « scandale à 10 milliards de dollars ».

 

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Boy Casa

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