Gestion de La Poste : DIA pas Si…réglo

Le Dg de la Poste n’a pas échappé au vent qui a enlevé certains directeurs des sociétés nationales. Siré Dia, après avoir été pendant presque 7 ans à la tête de cette entreprise, quitte avec des contentieux. Prétexte pour Senenquête de fouiller dans sa gestion de 2012 à 2019 avec documents et témoignages à notre disposition.

Il est connu presque de tous que la Poste traverse des difficultés financières. Même les autorités en sont conscientes. Pour preuve, le Président de la République avait affirmé le 04 décembre 2017, à l’occasion de la Revue annuelle conjointe de la politique économique et sociale que : « la Poste doit faire sa mue et se transformer. Elle doit s’adapter aux mutations technologiques pour survivre et qu’il y ait aussi l’activité banque : la Banque postale etc. » Les différents rapports du FMI, publiés au terme des missions sur les Revues de l’accord sur l’ISPE (Instrument de Soutien à la Politique Economique), ont même appris que l’Etat et le FMI s’accordent sur « la situation difficile » de l’entreprise et qu’il urge de la « restructurer ». Mais certains employés imputent cette situation à l’ex Dg Siré Dia. Sur son actif, comme réalisations, on peut lister des voitures et des serveurs informatiques achetés, des bâtiments rénovés et un nombre élevé de reclassements d’agents effectués. Et pourtant, pour certains travailleurs, cela cache un mauvais style de management. Certains postiers déplorent même le fait que « c’était difficile pour un postier de rencontrer Siré Dia. Par contre, il reçoit du lundi au samedi des personnalités publiques, des chanteurs, des danseurs, des artistes etc ».

Siré Dia, 6 ans de gestion controversée.

Siré Dia, nommé en décembre 2012, a connu plus de 6 ans de polémiques à la tête de la Poste. Déjà, le rapport public d’activités de l’OFNAC (2014-2015) avait recueilli des indices graves et concordants d’infractions de faux et usage de faux et de détournement de deniers publics.

C’était suite à une plainte du Mouvement M 23 alléguant l’existence de dysfonctionnements graves au sein de l’entreprise. Le rapport d’enquête a été transmis à l’Autorité judiciaire compétente pour que les poursuites soient engagées. Un baromètre d’une mauvaise gestion.

Autre indice, la masse salariale, en 2013, qui était de 11 073 684 000 pour un chiffre d’affaires de 8 675 424 000 soit un ratio 127%. Ce qui ne présageait pas des lendemains meilleurs. Un postier qui a requis l’anonymat nous confie : « L’activité de la poste ne peut pas supporter toutes ces charges ». Il est toutefois difficile pour le moment d’avoir des chiffres exacts car si on se réfère au « mémoire du postier lambda » sur la gestion de la Poste de janvier 2013 à avril 2017, un document qui revient sur la situation de la Poste et dans lequel il est mentionné que « les états financiers, adoptés avec des sérieuses réserves des commissaires aux comptes, renseignent d’une perte nette de plus de 4 milliards de francs CFA en 2013, sa première année de gestion. Et depuis lors, aucun autre état financier n’est sorti. ».

Or il est clair que sans états financiers, il est impossible de connaitre les dépenses effectuées au cours de l’année encore moins les rentrées d’argent. La Poste fonctionne depuis 5 ans sans états financiers. Un fait qui semble corroborer la thèse d’une mauvaise gestion. Une situation qui est allée crescendo durant son passage à la Poste selon certains employés. Ils étayent leurs propos avec l’accroissement de l’effectif. Selon une source « on était à près de 2000 employés quand Siré Dia est nommé, l’effectif est passé de plus 3500. Il a presque doublé ». Pour certains, l’embauche s’est faite sans besoins réels d’exploitation. «  Il y en a qui sont recrutés sans test, sans stage, directement CDI. Ils sont parfois sans qualification », dénonce un postier. Un recrutement qui semble obéir à des logiques politiques puisque depuis 2012, la Poste n’a plus organisé de concours de recrutement direct comme elle le faisait d’habitude. Ce qui fait douter sur le mode de recrutement depuis l’arrivée de celui qui se faisait appeler le « Baye Fall de Macky Sall ».  La société est déficitaire depuis des années. On se rappelle pour l’année 2017, à l’Assemblée nationale, le Ministre du Budget de l’époque, Birima Mangara, affirmait que La Poste était « redevable » à l’Etat de 130 milliards de francs CFA. D’ailleurs c’est la hausse de la dette qui a motivé la volonté de restructuration.

Dans les accords collectifs d’Entreprise de La Poste, signés en 2009 entre les partenaires sociaux et la Direction générale, il est mentionné à l’article 107 que des secours (aides) pouvaient être accordés aux agents « pour faire face à des évènements graves et fortuits dûment constatés ». Le mémoire du postier lambda dénonce que « seuls 5% du montant des aides allouées le sont réellement après études du Département des Affaires Sociales. Entre 2013 et 2016, les montants de ces rubriques dans les dépenses sont passés de moins de 100 millions à près d’un milliard de FCFA ». Un postier dans la même lancée ironise que « un agent, en 5mn, peut rédiger une demande d’aide dans le couloir, la remettre au DG qui appose les mentions précitées, et la donner directement au DFC pour que ce dernier établisse le chèque. En 10mn, certains peuvent encaisser 1.000.000FCFA pour secours alors qu’aucun événement ne le justifie. »

Sur le plan fiscal, la Poste n’est pas très réglo. Dans le document de programmation et économique pluriannuelle 2016-2018, elle a contracté une dette fiscale estimée à plus d’un milliard F CFA. Preuve qu’elle est très endettée. Senenquête a pu joindre Siré Dia depuis notre antenne Maroc. Le désormais Pca nous avait demandait de le rappeler. Ce que nous avions fait à plusieurs reprises sans succès avec des numéros différents. Nous l’avions également relancé par message pour avoir sa version. Mais jusque-là pas de réponse.

La restructuration, une urgence pour sauver la Poste.

Cette dette commence à prendre des proportions inquiétantes. Le mémoire du postier lambda explique comment on en est arrivé là. « Chaque banque possède un compte logé à la Banque Centrale. La Poste, par contre, n’y dispose pas de compte. Seul le Trésor public, du fait en partie du principe de l’unicité de caisse de l’Etat, y détient un compte et toutes les opérations concernant les entités publiques y sont effectuées. Les montants des chèques tirés sur La Poste et présentés par les banques sont directement portés au débit du compte du Trésorier général logé à la BCEAO. » Une convention qui date de 1996, entre l’État et la Poste pour définir le cadre d’un éventuel recouvrement.  Le document poursuit « à l’issue de la compensation entre banques, si La Poste doit de l’argent à une ou des banques, c’est le compte du Trésor qui est débité pour règlement. Charge à La Poste après d’alimenter le compte du Trésor logé aux Chèques Postaux du même montant. Ce qu’elle ne fait pas ou le fait en partie. »

La hausse de la dette de la Poste envers le Trésor public par le biais de la compense a provoqué un profond malaise des autorités étatiques et des institutions internationales tel que le Fonds Monétaire International (FMI). Ainsi, il faut assainir les Finances de La Poste selon le Mémorandum sur les Politiques Economiques et Financières 2015-2017. La restructuration de la Poste devait être une priorité pour le gouvernement. Des mesures fortes qui devraient tourner autour de la signature d’une convention de dettes croisées entre l’Etat et la Poste. Pour apurer les arriérés de compensation. Il s’est également agi entre autres la séparation de Poste Finance de la Poste. 

Même si les postiers sont unanimes qu’il faut sauver la Poste mais ne s’accordent pas avec les autorités sur la méthode. Pour eux, « privatiser la Poste Finances, la partie financière, c’est la mort déclarée de notre entreprise ».

Un nouveau directeur général vient d’être nommé et qui hérite ainsi de cette situation. Abdoulaye Bibi Baldé connait, en principe, cette entreprise pour avoir été le ministre de la Communication, la tutelle technique. Un audit de gestion interne est devenu la demande de certains postiers. De nombreuses tentatives d’entrer en contacts avec le staff de Siré Dia ont été effectuées sans résultats. Après plusieurs essais, le Directeur marketing et communication a finalement répondu à nos messages. Il dit être « occupé » et qu’il faudra attendre « l’installation du nouveau directeur général ».

Alors, l’on s’est demandé comment Abdoulaye Bibi Baldé pourrait répondre d’une gestion qui ne le concerne pas ?

 

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Al Capone

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One Comment

  • Bon boulot les gars.
    Le journalisme d’enquête est une demande sociale

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